Ne dis pas - ordonne
Exercice : « Ne dis pas — ordonne »
Thème : l’impératif comme tension dramatique
Ce que l’impératif permet
Il crée immédiatement :
– une adresse directe (quelqu’un parle à quelqu’un)
– une urgence
– une position de pouvoir (ou de supplication déguisée)
– un refrain mémorisable, martelable
Ses limites
– il dit peu l’intérieur (pas de “je pense”, “je ressens”)
– il peut vite devenir autoritaire ou slogan
– il exige de montrer l’émotion par les images, pas par l’explication
1) Liste d’ordres bruts (4 minutes)
Écris sans contexte 12 à 15 phrases à l’impératif.
Courtes. Directes. Pas jolies.
Exemples (à ne pas copier, juste pour le ton) :
– Reste.
– Regarde ailleurs.
– Oublie mon nom.
– Avance sans moi.
– Tais-toi maintenant.
Interdiction absolue d’ajouter “parce que”, “je”, “tu sais”, “je ressens”.
2) Tri stratégique (3 minutes)
Relis ta liste et garde 5 impératifs qui :
– te mettent légèrement mal à l’aise
– semblent cacher quelque chose
– pourraient être dits avec amour, colère ou peur
Raye les autres sans pitié.
3) Choix de fonction (1 minute)
Décide le rôle de l’impératif dans ta chanson :
– Couplet : ordres fragmentés, contradictoires, instables
– Refrain : un seul ordre répété, martelé, presque obsessionnel
Tu choisis une seule option.
4) Écriture contrainte (5 minutes)
Si COUPLET
Écris 4 lignes.
Chaque ligne commence par un impératif différent.
Aucun adjectif émotionnel autorisé (pas “triste”, “beau”, “vide”, etc.).
Tout doit passer par l’action ou l’image.
Si REFRAIN
Choisis un seul impératif.
Répète-le 2 ou 3 fois.
À chaque répétition, change le contexte imagé, pas l’ordre.
5) Vérification de tension (2 minutes)
Lis ou chante ton texte à voix haute et pose-toi une seule question :
Est-ce que cet ordre sonne comme une tentative de contrôle… ou comme une demande désespérée ?
Si tu hésites, c’est bon signe. L’impératif fonctionne précisément dans cette zone floue.
Quelques chansons qui utilisent l’impératif avec intelligence
– Let It Be – The Beatles
Impératif doux, presque spirituel. L’ordre devient apaisement.
Impératifs contradictoires : invitation + piège. Le malaise fait sens.
– Don’t Think Twice, It’s All Right – Bob Dylan
Impératif faussement détaché, émotion refoulée maximale.
Un seul mot à l’impératif. Tout le drame est dedans.
Cet exercice est redoutable parce qu’il retire la psychologie explicite. Il oblige à faire confiance au geste, à la voix, au sous-texte. L’impératif, bien utilisé, transforme une chanson en acte, pas en confession.
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